Dans l’évaluation d’un projet visant à améliorer le confort des usagers, il est tentant de se tourner vers des outils rapides ou des indicateurs faciles à représenter, comme la température de surface. Les cartes sont visuelles et l’efficacité semble évidente.
Pourtant, selon le choix de l’indicateur et de l’outil de quantification, le résultat peut d’avérer être complètement différent.
S’appuyer sur un indicateur mal adapté peut induire en erreur, voire à des résultats contraires à la réalité vécue par les usagers.
Pour illustrer cette problématique, un cas concret a été étudié : la transformation d’une cour d’école où le bitume a été remplacé par un revêtement plus clair.
Un cas d’expérimentation : la cour d’école
Une étude microclimatique portant sur un projet d’aménagement d’une cour d’école a été analysée selon deux configurations :
- État existant : le sol est majoritairement recouvert de bitume.
- Projet futur : remplacement du bitume par un revêtement clair à albédo* élevé
*Albédo : pouvoir réfléchissant d’une surface
Deux types de cartographies ont été produites pour comparer l’avant/après :
- Température de surface
- UTCI : indicateur du confort thermique où température ressentie
Des résultats qui s’opposent
Sur la température de surface maximale, l’écart entre l’avant et l’après est très important : réduction de 12.9 °C en moyenne. À première vue, le projet semble donc apporter un net rafraîchissement.
Mais du côté de l’UTCI (Confort thermique), qui intègre l’ensemble de paramètres influençant la température ressenti (ensoleillement, rayonnement, vent, humidité, etc.), les résultats sont bien différents : Un dégradation de 1.4°C UTCI en moyenne.
Le constat est contre-intuitif :
Le revêtement clair améliore la température de surface mais tend à dégrader le confort thermique. Pourquoi ? Parce que ce sol à fort albédo réfléchit davantage le rayonnement solaire vers les usagers, augmentant leur exposition et leur inconfort. Un résultat bien connu et documenté dans les publications académiques.
Un enseignement clé
Cet exemple montre qu’utiliser la température de surface comme indicateur de l’efficacité d’un projet conduit non seulement à mal évaluer la résultante d’un aménagement mais aussi et surtout à venir dire l’inverse de la réalité : on affirme que le projet améliore les problématiques rencontrées alors qu’en fait, il vient le détériorer.
Un sol « visuellement frais » n’est pas forcément synonyme d’un espace confortable pour les usagers.
Un revêtement ne fait pas tout
Les résultats de cette cour d’école illustrent une erreur fréquemment rencontrée : se contenter d’une cartographie plus bleue pour juger de l’efficacité de rafraîchissement d’un projet. Il est indispensable de se demander ce qui est concrètement quantifié. On pourrait se dire : « il suffit de choisir un revêtement qui réfléchit moins le rayonnement solaire et le problème est réglé ». En réalité, c’est bien plus complexe. Il est important de quantifier l’effet d’un projet sur le confort thermique ET avec des outils adaptés, pertinents et validés.
L’impact d’un aménagement (et donc matériau) sur la température ressentie dépend toujours de :
- ses caractéristiques thermiques (albédo, conductivité thermique, émissivité…)
- son environnement immédiat (ombrage, façades, orientation des rues),
- la manière dont il interagit avec les autres surfaces,
- les usages de l’espace (cour d’école, place minérale, rue piétonne…).
Un choix adapté dans un contexte peut se révéler contre-productif dans un autre.
C’est pourquoi il est essentiel d’aller au-delà de la simple observation des températures de surface, et d’évaluer un projet dans sa globalité à l’aide d’outils capables de simuler les phénomènes physiques en interaction.

