En période estivale, à chaque vague de chaleur, on entend parler du phénomène d’îlots de chaleur urbains (ICU) pour désigner tous les problèmes liés à la chaleur en ville. Pourtant, quand on prend un peu de hauteur, les problématiques évoquées sont celles liées aux fortes températures ressenties en journée. Et donc de confort thermique. Les problématiques d’îlot de chaleur et de confort thermique sont deux concepts différents, qui n’agissent ni au même moment, ni avec les mêmes effets. Ne pas les distinguer peut mener à des mauvaises décisions d’aménagement, et compromettre la qualité des espaces publics, l’efficacité des aménagements, voire même conduire à dégrader le confort thermique. Et donc aller à l’encontre de l’objectif visé.
1. Deux phénomènes bien différents
L’îlot de chaleur urbain (ICU) : un phénomène à grande échelle
Ce phénomène correspond à des élévations localisées de la température de l’air en ville par rapport aux zones rurales ou forestières voisines, ou encore par rapport à la température moyenne régionale. Il s’agit exclusivement d’une différence de température de l’air, mesurée par des capteurs ou des stations météorologiques.
Ce phénomène est principalement nocturne :
- Le jour, les surfaces urbaines (bitume, béton, toitures sombres) absorbent l’énergie solaire sous forme de chaleur.
- La nuit, cette chaleur est restituée lentement à l’air, maintenant des températures élevées alors que les campagnes voisines se refroidissent plus vite.
L’intensité d’un ICU dépend de plusieurs facteurs :
- La densité urbaine : plus une ville est compacte et minérale, plus elle retient la chaleur.
- La nature des matériaux : l’asphalte et le béton stockent bien plus de chaleur que les sols végétalisés ou les plans d’eau.
- La ventilation : les rues étroites et les obstacles urbains limitent la dissipation nocturne de la chaleur.
- La présence de végétation : arbres, parcs et toitures végétalisées abaissent localement la température via l’évapotranspiration.
L’ICU ne décrit pas le ressenti thermique des piétons dans la journée, c’est là qu’intervient le confort thermique extérieur, qui obéit à d’autres mécanismes.
Le confort thermique extérieur : une perception locale
Il s’agit d’une perception humaine, il correspond à la sensation de chaleur ou de fraîcheur que nous ressentons dans une ambiance donnée. Souvent assimilé à la “température ressentie”, il dépend d’un ensemble de variables physiques, bien au-delà de la seule température de l’air :
- Flux radiatif solaire reçu : pour une même température d’air, un piéton en plein soleil ressentira beaucoup plus de chaleur qu’un piéton à l’ombre.
- Température et rayonnement des surfaces environnantes : murs, sols et toitures chauffés renvoient une part de chaleur sous forme de rayonnement infrarouge.
- Vitesse et direction du vent : un vent léger peut réduire considérablement l’inconfort thermique en période estivale tout comme un vent fort le dégrade en période hivernale.
- Humidité de l’air : elle influence notre capacité à transpirer et donc à réguler notre température corporelle. La moindre régulation thermique conduit à une plus forte sensation d’inconfort.
Pour quantifier le confort thermique extérieur, plusieurs indicateurs existent. Le plus reconnu aujourd’hui est l’UTCI (Universal Thermal Climate Index), car il intègre l’effet combiné de l’air, du rayonnement, du vent et de l’humidité pour refléter le ressenti réel d’un piéton.
Contrairement à l’îlot de chaleur urbain, le confort thermique est surtout un enjeu diurne. En journée, l’ensoleillement et le rayonnement des surfaces urbaines dominent largement les phénomènes climatiques locaux. À ce moment-là, la différence de température de l’air entre la ville et la campagne est faible, et le phénomène d’ICU est donc presque inexistant.
C’est pourquoi, en plein jour, ce n’est pas l’îlot de chaleur qui impacte directement les usagers, mais le confort thermique, lié au ressenti de chaleur et à l’exposition au rayonnement solaire.
2. Pourquoi cette distinction est essentielle pour l’urbanisme ?
Beaucoup de projets se concentrent uniquement sur l’ICU en pensant agir sur le confort des usagers, mais ce n’est pas toujours le cas. Exemple :
- Des toitures blanches à fort albédo peut contribuer à réduire l’îlot de chaleur, sans pour autant modifier le confort ressenti sur la dalle au pied du bâtiment.
- Un arbre isolé peut améliorer nettement le confort thermique d’un banc en journée, sans aucun effet mesurable sur la température de l’air nocturne de la ville.
Sans un diagnostic précis distinguant confort thermique et îlot de chaleur urbain, les projets d’aménagement courent plusieurs risques majeurs :
- Créer des espaces publics inconfortables en journée, où l’exposition au soleil et le rayonnement des surfaces limitent la fréquentation, même lorsque la température de l’air est modérée.
- Adopter des solutions inadaptées face aux vagues de chaleur, avec un impact limité sur la santé publique et le bien-être des habitants.
- Générer des coûts supplémentaires liés à la correction d’erreurs de conception, lorsque les aménagements réalisés ne répondent pas aux besoins réels du terrain.
- Recevoir des retours négatifs des usagers, qui peuvent dégrader la perception du projet et réduire l’attractivité des espaces créés.
Un aménagement peut réduire l’inconfort thermique de jour sans forcément diminuer l’ICU nocturne, et inversement.
Le tableau ci-dessous présente un résumé concis des deux notions.
Pour les urbanistes, paysagistes, maîtres d’ouvrage et collectivités, comprendre cette nuance permet de :
- Choisir les bons indicateurs d’analyse et d’évaluation des projets (ex : UTCI pour le confort),
- Formuler les bons objectifs en lien avec les usages attendus,
- Éviter les malentendus dans le dialogue entre parties prenantes,
- Et surtout : concevoir des projets plus efficaces, plus justes et mieux acceptés.

