Les cours d’école sont devenues, ces dernières années, des terrains d’expérimentation pour répondre aux défis du changement climatique en ville. Souvent exposées, très minéralisées et peu ombragées, elles concentrent tous les facteurs de surchauffe urbaine : revêtements bitumineux, absence de végétation, manque d’ombre, et usage aux heures les plus chaudes de la journée. Et surtout, elles exposent des publics particulièrement vulnérables, nos enfants.
La question centrale reste donc : quelles actions engager en priorité, et sur quelles bases les justifier ?
Comprendre avant d’agir : l’importance du diagnostic microclimatique
Avant de planter, d’enlever du bitume ou d’installer des pergolas, il est indispensable de comprendre finement le fonctionnement thermique de l’espace.
Un diagnostic microclimatique permet :
- d’identifier les zones les plus exposées à la surchauffe (stress thermique) et leur cause ;
- d’évaluer les conditions de confort thermique réelles, aux différents moments de la journée ;
- de quantifier les écarts de ressenti thermique entre les différentes zones de la cour (espace sportif, parcours, espace ludique ou pédagogique, etc) ;
- Et surtout, de déterminer les leviers d’action les plus efficaces selon les caractéristiques propres à chaque cour.
Prioriser les interventions
Les budgets étant souvent limités, il est essentiel de concentrer les efforts sur les zones les plus exposées.
À l’échelle urbaine, pour une collectivité, l’objectif est d’avoir une vision globale des besoins en matière de confort thermique de leur parc scolaire pour identifier quelles cours d’école nécessitent une réhabilitation prioritaire, lesquelles peuvent être ouvertes en période estivale, et ainsi de planifier efficacement les interventions. Une cartographie thermique de l’état actuel des toutes les cours d’écoles est le point de départ pour prendre ces décisions.
À l’échelle de la cour d’école, une cartographie du confort thermique de la cour est indispensable pour concevoir de manière optimisée le projet paysager. On imagine aisément, la frustration que serait celle d’une dépense qui n’aurait pas une efficacité réelle dans la réduction de l’inconfort thermique.
Voici quelques pistes d’action fondés sur les retours d’analyses microclimatiques :
- Végétalisation ciblée : Planter dans les zones où l’ombre est particulièrement nécessaire, en ciblant les espaces les plus exposés à l’inconfort estival. En fonction de la configuration de la cour et de l’orientation du bâtiment scolaire, il sera essentiel de choisir des espèces d’arbres adaptées et des espaces qui ne verraient pas détériorer leur confort hivernal tout en maximisant les bienfaits de l’ombre en été.
- Revêtements clairs ou perméables : utiles pour réduire la température de surface et/ou à améliorer la gestion des eaux, leur effet sur la température ressentie peut néanmoins être délétère. Elle dépend notamment de leur emplacement et exposition au rayonnement solaire. Pour une meilleure efficacité, il est conseillé de les placer sur les zones évaluées confortables et ombragées en été.
- Végétation arbustive : Planter sur les zones évaluées inconfortables mais ombragées en été
- Pergolas : les situer en tenant compte de la trajectoire du soleil sur les zones évalués inconfortables en été mais ombragées en hiver. En cas de végétalisation, il est préférable de favoriser de plantes grimpantes à feuille caduque.
- Matériaux à faible inertie (copeaux de bois, bac à sable) : Il est conseillé de les placer sur les zones ensoleillées en hiver mais ombragées pendant l’été.
Cas réels : ce que montrent les simulations
Des études menées par SOLENEOS sur plusieurs cours d’école ont montré que :
- Un seul arbre bien positionné peut réduire la température ressentie de plusieurs degrés UTCI dans un point spécifique, pas dans l’ensemble de la cour. Cependant là où il existe déjà l’ombrage n’apporte aucun bénéfice immédiat.
- Certains matériaux clairs ou techniques innovantes, installés sans diagnostic, peuvent s’avérer inefficaces voire contre-productifs.
- L’effet combiné de végétalisation + désimperméabilisation + ombrage, produit les meilleures performances, à condition que ces solutions soient bien dimensionnées et surtout judicieusement placées.
Mesurer pour mieux transformer
L’enjeu n’est pas seulement de verdir les cours d’école, mais de les rendre plus habitables, plus résilientes et mieux adaptées aux usages réels. Cela suppose une méthode, des données, et des outils. La priorisation des actions passe par une évaluation du confort thermique, afin de concentrer les efforts là où ils auront un impact mesurable sur le bien-être des enfants.
Rénover une cour d’école, ce n’est pas juste transformer un espace : c’est améliorer le quotidien des élèves, en tenant compte du climat de demain.

